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Poème pour les peintures de Cézanne sur la montagne Ste Victoire
Autrefois les surréalistes collectionnaient des masques papous. En
pensant à eux on voyait des forêts vêtues de verts inexpugnables et
coiffées de nuages éternels, comme une pierre a sa rivière.
Et déjà
on voyait de ces montagnes que tu peignis la montagne dite Ste
Victoire, masse faite de roches, roc étincelant au pied de la calanque
toute bleue de beauté indolente.
Et à chaque fois, c'était le surgissement d'une
présence de géant, autre dieu romain ignoré que tu
vis de tes yeux.
Souvent tu peignis sa disparition sous la clarté,
déclarée comme telle, étouffant les formes de ta
montagne.
Et à chaque passage d'une lumière différente,
de l'apparition et l'évanescence de ton pic aux étoiles, tu
t'en fis une raison.
Comme une mère se fit une raison de perdre sa fille, pris par
son jeune amant, et aussi comme celle d'être si précaire à exister et
d'apparaître soudainement à tes yeux de peintre.
Mais aujourd'hui il subsiste pour nous comme un legs, elle la Ste Victoire
apparaissant perpétuellement dans ta mémoire
d'homme, comme un dos de femme aux courbures aquilignes sur lesquelles
se forment et se diluent les subtilités infinies de
lumière, au rythme des pleins et du vide des heures.
Ce fut comme une éruption de roches en marche vers l'orient,
grand comme un orage d'été dans le ciel faisant
naître les parfums de la lavande et de l'olivier.
Grand comme un paquebot, en une route de Méditerranée.
Olivier Cantenys
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